Les païens d'aujourd'hui marchent-ils ensemble ?
- Jara

- il y a 1 jour
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Le « paganisme ». Aujourd'hui, ce mot regroupe un nombre incalculable de communautés, de religions, de spiritualités, de philosophies... Il regroupe de nombreuses pratiques très diverses qui, souvent, n'ont rien à voir les unes avec les autres, ainsi que des pratiquants que l'on nomme « païens » ou « néo-païens » selon le point de vue. Pourtant, dans l'imaginaire collectif, le paganisme actuel semble désigner une seule communauté. La réalité du terrain en est pourtant très loin. Même en différenciant les branches géographiques (germanique, celte, slave, romaine, etc.), on pourra constater qu'au sein même de ces branches, de nombreuses divisions ont lieu. Généralement, ces divisions se font sur des critères d'historicité et de fidélité envers les traditions, ou bien sur des critères politiques. On pourra constater des sous-branches allant du « new age » au « reconstructionnisme », c'est-à-dire allant de l'invention moderne à la reconstruction des traditions.
Cela fait donc un paquet de monde, englobé dans un seul mot qui peut signifier énormément de choses. Alors, y a-t-il un point commun ? Existe-t-il une idée, une énergie, une substance qui serait commune à tous les païens d'aujourd'hui et qui nous relierait ?
Serait-ce le sacré ? Bien que chacun mette une définition différente derrière ce mot, l'idée du sacré et l'envie de s'en rapprocher, de l'honorer, de l'entrapercevoir, semblent assez communes dans toutes les branches païennes. Peut-être est-ce l'idée qu'il y a quelque chose de plus grand que nous et que nous devons respecter ce « quelque chose ». Ce « quelque chose » semble assez indéfinissable. Pourtant, depuis quelques dizaines d'années, il crée un mouvement... un élan qui réunit des dizaines, voire des centaines de personnes.
Il y a donc un rapprochement vers le sacré, vers ce « quelque chose ». Néanmoins, si le paganisme actuel tend à rapprocher les hommes vers le sacré, il ne semble pas rapprocher les hommes entre eux. Et pourtant, ce n'est pas faute de voir émerger, dans cet élan, un grand nombre de philosophies prônées par leurs pratiquants, qui tendraient vers la sagesse. Des philosophies empruntées aux textes antiques et médiévaux (parfois le Hávamál, parfois les philosophes grecs, parfois d'autres...) qui seraient comme une ligne directrice sur le comportement à avoir. Le stoïcisme est souvent évoqué dans diverses branches, qu'elles soient nordiques, celtes, romaines ou grecques. Pourtant, malgré cette tendance qui accompagne les pratiques païennes, les païens eux-mêmes ne sont pas unis. Il n'existe pas de réelle union, ni même d'entente générale au sein d'une même branche, ni même au sein d'une même sous-branche.
Pourquoi ? Pourquoi les « païens » ne sont-ils pas capables de s'associer, de s'unir et de grandir ensemble ? Peut-être est-ce tout simplement parce que le sacré ne change pas les hommes. Les défauts sont présents dans tous les cœurs, y compris ceux des païens. La haine, la colère, la jalousie, la peur, la bêtise... tout cela sont des choses humaines, présentes chez chaque être vivant, peu importe la religion. Le paganisme n'y fait pas exception.
Ce qui est inquiétant, c'est que toutes ces émotions humaines semblent plus fortes que ce « quelque chose » qui nous unissait. Et ce n'est pas moderne... De tout temps, les hommes se sont fait la guerre. Ce ne sont pas les religions qui les provoquent, ce sont ces émotions qui manipulent nos esprits et biaisent nos perceptions. C'est le manque de communication, la peur d'être vulnérable, le manque de compréhension, le silence de ceux qu'on aime... Toutes ces choses qui grandissent dans l'ombre.
Mais tout n'est peut-être pas aussi chaotique... Après tout, si le paganisme n'est pas uni et ne le sera jamais, il reste quelques bribes d'espoir. Discrètes, mais bien réelles. Il existe bel et bien des chemins qui se rejoignent. Même s'il faut parfois passer à travers des broussailles, nous sommes capables de tracer des sentiers pour rejoindre celui du voisin et ainsi nous entraider. Car je pense qu'il est là, l'objectif : aider autrui à gravir cette montagne dont on a du mal à percevoir le sommet. Il y a toujours des embûches sur la route, mais il y a également des soutiens. Car si nous sommes capables du pire, nous sommes également capables du meilleur. La gentillesse, la bienveillance, le respect, l'écoute... cela fait également partie de nous tous. Nous ne sommes pas unis, mais nous ne sommes pas totalement désunis.





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