Jólablót

Jól doit sans aucun doute être la fête païenne la plus connue. De ce fait, cette fête à fait énormément couler d'encre, entre informations historiques et idées fausses. Il faut dire aussi que, comme les autres célébrations, il est parfois difficile d'avoir des certitudes quant à l'exactitude des informations. Même une information « historique » peut souvent laisser place au doute...

Commençons par le nom « Jól » ; déjà là, il y a plusieurs écoles. Jól, viendrait de Jólnir, l'un des noms d'Odin. Étymologiquement, le mot Jól signifierait « fêtes » ; mais certains chercheurs pense que le mot vient de l'islandais « hjól » (hjul en norvégien moderne) qui signifie « roue ».

L'information la plus courante que l'on trouve sur Jól serait qu'elle ait lieu le 21 décembre, mais cette information n'est pas exacte. Tout comme le Sigrblót et les Vetrnætr, les anciens scandinaves se basaient sur le calendrier luni-solaire pour trouver la date. Il est donc impossible que la fête ait eu lieu à une date fixe. Il est très probable qu'elle ait eu lieu lors de la pleine lune qui suit la première nouvelle lune du solstice d'hiver. Au plus tôt, la fête pouvait être le 6 janvier et au plus tard le 2 février (de notre calendrier moderne). Ce n'est qu'au Xe siècle que le roi de Norvège Hakon le Bon décide de décaler Jól pendant la fête chrétienne qui à l'époque, n'était pas le 25 décembre mais le 21 décembre.

Jól, également appelé Yule serait d'origine germanique. Il existe plusieurs façons de la célébrer mais nous nous concentrerons sur les sources scandinaves.

Snorri Sturluson a souvent fait mention de Jól dans ses textes. Par exemple, dans la saga d'Egill Skallagrimsson, Egill est invité chez son meilleur ami Arinbjorn pour fêter Jól qui dure trois jours. Trois jours semble d'ailleurs être la durée de la célébration dans plusieurs textes. Une autre mention de Jól se trouve dans la saga d'Hakon le Bon, où se dernier étant chrétien, refuse se participer aux sacrifices. La source la plus ancienne qui pourrait éventuellement faire référence à Jól viendrait de l'historien byzantin Procope au VIe siècle. Bien que son témoignage concerne la « Thulé » qui désigne un endroit lointain, au-delà des frontières connues, il est très probable qu'il s'agisse du nord de la Norvège :

«  le soleil éclaire l'île durant quarante jours de suite, tantôt du côté d'Orient, et tantôt de celui d'Occident ; et que quand le soleil est retourné au même point de l'horizon où il a commencé à paraître, l'on conte un jour révolu. Dans la saison des quarante nuits, ils mesurent le temps par les lunes. Quand il y en a trente-cinq d'écoulées, quelques-uns montent sur les montagnes les plus élevées, et ils avertissent ceux qui sont en bas, que dans cinq jours ils reverront le soleil. Ils se réjouissent de cette heureuse nouvelle, par la célébration d'une fête, qu'ils solennisent dans les ténèbres avec plus de cérémonies qu'aucune autre. Bien que cela arrive chaque année, il semble néanmoins que les habitants de cette île appréhendent que le soleil ne les abandonne tout à fait. »

 

Pour les adeptes des versions originales :

« Καὶ ἡνίκα μέντοι ὁ τῶν νυκτῶν χρόνος ἀφίκηται, τῆς τε σελήνης τῶν τε ἄστρων ἀεὶ τοῖς δρόμοις τεκμηριούμενοι τὸ τῶν ἡμερῶν λογίζονται μέτρον. Ὁπηνίκα δὲ πέντε καὶ τριάκοντα ἡμερῶν χρόνος τῇ μακρᾷ ταύτῃ διαδράμοι νυκτὶ, στέλλονταί τινες ἐς τῶν ὀρῶν τὰς ὑπερβολὰς, εἰθισμένον αὐτοῖς τοῦτό γε, τόν τε ἥλιον ἀμηγέπη ἐνθένδε ὁρῶντες ἀπαγγέλλουσι τοῖς κάτω ἀνθρώποις, ὅτι δὴ πέντε ἡμερῶν ἥλιος αὐτοὺς καταλάμψοι. Οἱ δὲ πανδημεὶ πανηγυρίζουσιν εὐαγγέλια καὶ ταῦτα ἐν σκότῳ. Αὕτη τε Θουλίταις ἡ μεγίστη τῶν ἑορτῶν ἐστι. Δοκοῦσι γάρ μοι περιδεεῖς ἀεὶ γίνεσθαι οἱ νησιῶται οὗτοι, καίπερ ταὐτὸ συμβαῖνον σφίσιν ἀνὰ πᾶν ἔτος, μή ποτε αὐτοὺς ἐπιλείποι τὸ παράπαν ὁ ἥλιος. »

 

Alors, concrètement, comment les anciens-scandinaves fêtaient Jól ? Si nous nous en référons aux divers textes, il semblerait qu'un grand festin avec beaucoup de boisson ait été au cœur de la fête. Jól pouvait se fêter en famille ou avec des amis. Il est très probable qu'Odin et Freyr est été mis à l'honneur lors de cette célébration. Pour Freyr, une coutume consistait à faire cuir un sanglier (animal associé à Freyr). Les personnes présentent lors du festin posaient les mains sur le sanglier et prêtaient serment. Ce serment portait le nom « heitstrengingar » qui signifie serment solennel. Ce n'était d'ailleurs pas un serment à prendre à la légère. Il devait obligatoirement être respecté sous peine d'en payer le prix. La coutume se transforma plus tard en Suède et la cuisson du sanglier devint une cuisson de gâteaux en forme de sanglier.

D'autres animaux ont très bien pu être sacrifié. Si Odin était mis à l'honneur, un cheval pouvait être partagé avec les dieux. Le sang de l'animal était récolté dans une coupe puis aspergé avec une brindille sur les murs et les invités. Précisons bien que tous les animaux sacrifiés étaient mangés. C'était une façon de partager un repas avec les dieux.

Une autre coutume de Jól serait d'offrir un ou plusieurs cadeaux aux personnes avec qui nous passons les festivités. Cette coutume est mentionnée dans plusieurs textes dont la saga d'Egill Skallagrimsson.


La période durant laquelle Jól était célébrée marquait plusieurs choses : c'était à la fois un retour du soleil qui commençait puisque les jours se rallongeaient peu à peu. Si nous prenons compte du témoignage de Procope, le retour du soleil était au centre des préoccupations. Un sacrifice à Freyr pouvait également marquer l'espoir d'avoir de bonnes récoltes durant l'année qui arrive. On pouvait célébrer une saison fertile et paisible. Car au final, ce que l'on pouvait le plus espérer restait toujours, une terre fertile.

Ci-dessous : 

Hakon le Bon pendant le Jólablót, refusant de participer aux sacrifices.

Peinture de Peter Nicolai Arbo (1860)

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