Egill Skallagrimsson

Un sujet qui me tient particulièrement à cœur ; celui du célèbre scalde Egill Skallagrimsson. Bien que, le qualifier seulement de scalde serait trop réducteur. En réalité Egill Skallagrimsson était un viking, un scalde et un maître des runes. Né au 10ème siècle à Borg (Islande) il a effectué de nombreuse expéditions, réalisé des prouesses comme on en voyait rarement et est l'auteur des plus beaux poèmes scaldiques. Il est, pour moi, l'un des personnages les plus complets ayant vécu à l'âge viking et est bien plus intéressant que d'autres personnages emblématiques comme Ragnar Lodbrok par exemple.

xYriNBThoTwNCKMQaTLcrx_qKRg_500x437_edited.jpg

C'est d'ailleurs le jour où Egill battit l'un des descendants de Ragnar, Olaf le Roux, roi de l’Écosse, que sa vie prit un tournant décisif. Ce jour là, le frère d'Egill périt et ce dernier se maria par la suite avec la veuve de son frère : Asgerd. De cet union, naîtront plusieurs enfants qui prendront une importance capitale dans le souvenir que laissera Egill Skallagrimsson.

 

Ennemi juré du roi Eirik à la Hache Sanglante et de la reine Gunnhild, il passe une partie de sa vie à tenter de résoudre une injustice (problème d'héritage) que le roi commet envers lui. Il en vient à maudire le roi et la reine en gravant des runes sur un long piquet en bois, sur lequel Egill embroche une tête de cheval. Ce « bâton d'infamie » est tourné vers la Norvège et Egill prononce une malédiction pour que les habitants du pays ne connaissent pas de repos tant qu'ils n'auront pas bannit les imposteurs qui règnent sur eux, c'est à dire, le roi et la reine.

Un an plus tard, Eirik et sa femme sont contraints de fuir la Norvège et se réfugient à Jorvik en Angleterre.

1024px-Johannes-flintoe-egil-skallarimsson.jpg

Une autre fois, Egill se retrouve à soigner une jeune fille malade. Elle avait été envoûtée par un garçon qui pensait lui avoir gravé des runes d'amour mais qui, ignorant tous les mystères de ses symboles, avait provoqué un effet dévastateur sur la santé de la jeune fille. Egill gratta les runes et les mit au feu avant d'en graver de nouvelles qui soignèrent la jeune fille. Ce qui donna lieu à ce court poème :

Point ne faut graver de runes

Si l'on ne sait les interpréter,

A maint homme il arrive

Que noir bâton gravé l'égare ;

J'ai vu sur la planche taillée

Des lettres secrètes gravées,

Voilà ce qui longtemps a causé

Lourd dol au tilleul des oignons

 

Traduction de Régis Boyer. « Tilleul des oignons » est un kenning (métaphore) pour dire « femme ».

Les kenningar... Ces fameuses figures de style présentes dans la poésie scaldique. Egill les maîtrisait à la perfection. C'est d'ailleurs cette maîtrise des mots qui participera à le rendre célèbre. Ça, et le contexte dans lequel il réalisa son plus beau poème :

Son fils Bödvar, prend la mer pour rejoindre un marché en Islande mais le navire sombre et se fait emporter par Rán, la déesse de la mer. Suite à ce décès, Egill veut se laisser mourir, seul dans le noir. Mais sa fille lui demande de réaliser un poème en hommage à Bödvar.

Sonatorrek (Perte irrémédiable des fils) est sans doute le plus beau poème scaldique qui puissent exister. Dans ce poème, Egill en veut d'abord à Odin de lui avoir pris son fils. Lui qui a toujours été fidèle au dieu, voilà ainsi sa récompense. Mais lorsqu'il termine le poème, il se rend compte que la perte de son fils lui aura donné l'art de réaliser une telle œuvre. L'art scaldique. Alors, il termine le Sonatorrek ainsi :

Je suis d’humeur sombre,

La proche parente

De l’ennemi d’Odin

Se dresse sur le promontoire.

Néanmoins je veux

Attendre Hel,

Joyeux, sans mauvais vouloir

Et sans regret.

 

Cette fin exprime son souhait de vouloir continuer de vivre et d'attendre la mort, joyeux et sans regret. Cette fin est d'ailleurs similaire à la fin du poème que récite Ragnar Lodbrok avant de mourir :

 

« Il me tarde à présent de finir. Les déesses que m'a envoyées Odin m'invitent à entrer dans son salon. Plein de joie je vais boire de la bière, assis avec les Ases aux premières places. Les heures de la vie touchent à leur fin ; je meurs avec joie. »

Ces deux poèmes expriment la même idée, celle d'accueillir la mort sans crainte. Une idée qui tient une place importante dans la tradition nordique.

 

Je n'ai pas évoqué le coté guerrier d'Egill ; un coté qui demandera un article aussi long et dont je me ferais une joie de parler.

Jara

NxKWnW1jMyOhZYD7V2wLpKPiyxA_300x917_edited.jpg