Les premiers runologues

Afin de continuer plus loin dans la perception des runes et de leurs messages, je trouve nécessaire de se remémorer les grands noms de l'histoire de la runologie. Car sans eux, l'héritage laissé par les anciens scandinaves seraient peut-être perdu à jamais.

La runologie a débuté lorsque les runes ont cessé d'être utilisée c'est à dire vers le 15e siècle. Bien que les traditions païennes se soient éteintes au XIe siècle, les runes ont continué d'être utilisée par les adeptes de la nouvelle religion, le Christianisme. Sans être courantes, elles ont donné naissance au futhark médiéval et ont servi pour l'écriture de certains manuscrits comme par exemple le Codex Runicus. Ce dernier est un cas extrêmement rare, mais si l'on en croit les dires d'Olaus Magnus, archevêque d'Upsalla du XVI siècle, les manuscrits écrits en runes étaient fréquents.

 

Commençons par le pionnier de l'étude des runes :

 

Johannes Bureus (1568 - 1652). Il fut le premier à publier un manuel de runologie « Runa ABC » en 1611. Polymathe suédois, il découvrit que chaque rune était rattachée à une valeur spéciale ; théorie qui lui valu de nombreuses critiques. Il se servit du futhark récent et le divisa en trois groupes de cinq runes chacun car il tenait à arriver jusqu'à quinze. La première série représenterait l'ancêtre, la seconde série ferait référence à la génération et la troisième au Dieu créateur (selon l'étude de Stephen Flowers sur les travaux de Bureus).

Les runes représentaient par Johannes Bureus sont quelque peu différentes du futhark que nous connaissons, c'est pourquoi selon le chercheur Thomas Karlsson, Bureus aurait utilisé les runes de Hälsing pour former son propre système connu sous le nom de « Adalruna »

Bureus était également un adepte du mysticisme. Selon lui, l'Atlantide de Platon était la Scandinavie qui elle-même serait le « pays d'origine » et dont les runes détiendraient les secrets du langage d'origine : le langage universel datant d'avant la construction de la tour de Babel. L'historienne Susanna Akerman explique : « La Scandinavie était la terre des Hyperboréens qui avaient migré vers les rives de la Baltique avant la chute de la Tour de Babel et qui possédaient par la suite la culture et la spiritualité originelles et non corrompues de l'humanité. »

Pour étudier la mythologie de ses ancêtres, Bureus a en définitif utilisé beaucoup de références étrangères (grecque, biblique...) ce qui a donné un résultat assez unique en son genre. Ses travaux restent néanmoins les premiers traitant des runes, avec ceux de son concurrent danois : Ole Worm.

 

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Johannes Bureus

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Ole Worm où Olaus Wormius sous sa forme latinisée (1588 - 1654) runologue, médecin et antiquaire danois. Il commença a étudier les runes vers 1619. Grand amateur de littérature scandinave et collectionneur d'inscriptions runiques, son objectif fut de réunir le plus grand nombre d'inscriptions runiques et de les reproduire.

Il est connu notamment pour avoir repris et traduit un calendrier runique du 13e siècle trouvé en Gotland. Le Computus Runicus. En 1626 il publie son « Fasti Danici » qui est le résultat de ses recherches sur les traditions runiques est danoises. Le Fasti Danici tente d'expliquer le fonctionnement des calendriers runiques basé sur les cycles lunaires.

Nota Bene : Ole Worm et Johannes Bureus furent tout deux en conflit car l'un étant Danois et l'autre Suédois, chacun voulait défendre sa patrie. Worm affirmait que les runes étaient nées au Danemark, ce qui naturellement fut contesté par Bureus.

Johan Hadorph (1630 - 1693) antiquaire et bibliothécaire poursuivit l’œuvre de Johannes Bureus pour réunir les inscriptions suédoises et les publier sous forme de livre. En 1690, lui et l'artiste Johan Peringer reproduisent 1080 gravures sur bois, prête au tirage.

 

Magnus Celsius (1621 - 1679) mathématicien, découvre et décrypte en 1970 les runes du Hälsingland. Son fils Olof Celsius publie en 1698 les découvertes de son père dans un ouvrage intitulé "De Runis Helsingicis"

Ole Worm

Jakob Hornemann (1790 - 1841) est le premier à démontrer que le futhark à 24 runes est plus ancien que le futhark à 16 runes.

 

Sophus Bugge (1833 - 1907) détermina le premier la valeur phonétique des runes de l'ancien futhark. (Il y parvient grâce aux runes anglo-saxonne, déjà élucidées par le runologue George Hickes, 150 ans plus tôt)

 

L.Jacobsen et E.Moltke publient en 1942 l'encyclopédie "Danemarks Runeindskrifter"

 

Et enfin, je vais finir avec Sigurd Agrell (1881 - 1936) qui affirmait que Fehu se situait à la fin du futhark et que les anciens avaient caché ce véritable ordre aux non-initiés. Mettre Fehu à la fin donnerait un sens numérologique au futhark. Il prend pour exemple le mot ALU qui, si l'on additionne le numéro des runes avec ce nouvel ordre, donne 24. (Thèse très critiquée)

 

Il y a eu bien sûr, bien d'autres runologues, mais ce sont ceux qui ont le plus marqué l’étude des runes aux cours des premiers siècle de la runologie.

JARA

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Une page du Computus Runicus