Le paganisme... spiritualité ou religion ?
- Jara

- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 heures
Voilà une question importante. Elle est importante car cette question nécessite la clarification de deux termes : spiritualité et religion.
Tout d'abord, qu'est-ce que le paganisme ? J'en ai déjà parlé plusieurs fois, le paganisme peut être de nombreuses choses. Globalement, nous pouvons dire que le paganisme de nos jours est une volonté de renouer avec les anciennes traditions préchrétiennes. Une volonté de renouer avec des coutumes ancestrales ainsi qu'avec les anciennes divinités des divers panthéons (nordiques, celtes, slaves, romains, grecs etc...)
Il est très fréquent également, d'entendre dire que le paganisme est une spiritualité. Mais est-ce vraiment le cas ? D'ailleurs, qu'est-ce que la spiritualité ?
La spiritualité pourrait se définir comme une recherche intérieure. C'est un rapport avec le sacré qui a pour but de nous faire évoluer ; de nous « donner la meilleure version de nous-même ». La spiritualité est un travail sur soi-même. Elle lie en quelque sorte des croyances avec une sorte de développement personnel. Nous nous rapprochons du sacré afin de nous rapprocher de nous-même. Le mot « spiritualité » vient du latin « spiritus » dont le sens est axé sur le souffle, l'esprit, l'âme. Le mot évoque une élévation morale.
La religion, quant à elle, nécessite plusieurs facteurs : une communauté, des rites et des pratiques, et une croyance. Une religion possède un cadre collectif ; une structure claire. Ce cadre, ces rites et ces croyances se transmettent de générations en générations. Le mot « religion » vient probablement du latin « relegere », qui signifie recueillir avec soin, accomplir scrupuleusement. Chez les Romains, religio désignait d'ailleurs le respect des rites et les gestes correctes que l'on accomplissait pour les dieux.
Nous avons donc d'un côté la spiritualité qui est une recherche de sens par l'expérience du sacré. Et de l'autre, la religion qui est une tradition structurée et transmise. Dans la spiritualité, nous honorons les dieux pour nous-même, pour notre propre besoin. Dans la religion, nous honorons les dieux, pour les dieux.
Et le paganisme dans tous ça ? Historiquement, les peuples païens vivaient quotidiennement leurs rites, leurs pratiques et leurs croyances en communauté. Il y avait bel et bien un cadre structuré et les dieux étaient honorés non pas pour trouver un sens à notre vie, mais parce qu'il fallait honorer les dieux. Il s'agissait donc bien d'une religion. Chaque peuple possédait ses propres traditions qui étaient pratiquées par l'ensemble de la communauté. Les rites étaient codifiés et servaient à honorer le sacré.
De nos jours, ces anciennes religions ayant disparues depuis plusieurs siècles, nous sommes dans de la reconstruction. Le contexte n'est plus du tout le même. A l'époque, une personne naissait au sein d'une communauté et pratiquait les traditions de la communauté de façon tout à fait logique. Les coutumes étaient ancrées dans la société. Aujourd'hui, les personnes qui se tournent vers le paganisme le font la plupart du temps par choix. Et ce choix naît souvent d'un désaccord avec les structures et les religions actuelles. Le concept de communauté n'est donc plus présent comme il l'était jadis. Les traditions, elles, ne sont plus aussi évidentes... Il faut faire des recherches, lire un tas de livres, et combler les trous. Les traditions ne sont donc plus transmises de façon naturelle, nous devons les apprendre par nos propres moyens.

Je dirai qu'il y a deux approches du paganisme. La première, qui est la plus courante, est en effet l'approche spirituelle. Cette approche, centrée sur le « moi » de la personne, prend plus de liberté puisque le principal n'est au final pas le sacré, mais la recherche du soi intérieur par le biais du sacré. Cela donne des courants new-age et des pratiques qui mélangent à la fois traditions et inventions modernes qui doivent correspondre au pratiquant. C'est l'idée du « je fais comme je le ressens ». A noter que beaucoup de pratiquants mettent en avant le mot « spiritualité » pour désigner leur pratique afin de s'opposer au mot « religion » qui fait écho pour eux aux religions monothéistes. Se désigner comme « spirituel » serait donc une sorte d'opposition aux concepts de religion qui est associé et restreint au christianisme, à l'islam et au judaïsme.
La deuxième approche est l'approche religieuse. Il s'agit de reconstruire les anciennes coutumes au plus proche de ce qu'elles pouvaient être afin d'honorer les divinités dans le but d'honorer le sacré. C'est l'approche que l'on retrouve généralement chez les reconstructionnistes. Les pratiques ne sont pas centrées sur notre « moi » mais sur le sacré. La justesse des gestes sont importants, tout comme la transmission de ces gestes.
Pour résumer, la spiritualité est une pratique individualiste qui est finalement très adaptée à notre société actuelle. La religion, elle, est un cadre structuré et collectif qui doit être transmis et qui met le sacré au centre des pratiques.
Et c'est pour cela je pense, qu'il y a parfois des conflits entre les groupes et les personnes néo-païennes. Les termes et les démarches ne sont pas toujours bien définit. Deux personnes peuvent parler ensemble de paganisme et de traditions païennes, sans pour autant parler de la même chose. Car parler de paganisme en tant que spiritualité, est très différent que d'en parler en tant que religion. Les points de vue sont différents, les pratiques sont différentes et les objectifs le sont également. D'où l'importance de bien définir les termes, et surtout, d'avoir conscience du contexte de notre démarche dans l'histoire, dans la société et dans le sacré.




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