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Pourquoi lire sur les Hittites ?

  • Photo du rédacteur: Jara
    Jara
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Ah les Hittites... Voilà un peuple bien trop méconnu du grand public et hélas trop méconnu également des néo-païens. Pourtant, ce peuple disparu pourrait nous apporter parfois, quelques réponses. Les Hittites étaient un peuple d'origine indo-européenne, installé en Anatolie (dans l'actuelle Turquie) au IIe millénaire avant notre ère. Leur capitale était Hattusa, autour de laquelle était fondé leur puissant royaume. Leur royaume était d'ailleurs l'un des plus puissants du Proche-Orient, aux cotés de l’Égypte et de la Mésopotamie. Ils atteignirent leur apogée autour du XIIIe siècle avant notre ère et leur empire s'effondra vers 1200 avant notre ère, suite à plusieurs bouleversements.


Empire Hittite, vers 1275 av JC
Catégorie : Histoire de la Turquie
Empire Hittite, vers 1275 av JC

S'intéresser aux Hittites peut être très intéressant pour le côté comparatisme indo-européen. Bien que, certains spécialistes soient très sceptiques sur un potentiel héritage indo-européen (les traditions Hittites se sont mêlées avec celles de la Mésopotamie) il n'en demeure pas moins que certains vestiges archéologiques semblent justement témoigner de cet héritage. C'est le cas par exemple du site de Yasilikaya, longuement étudié par la chercheuse Émilia Masson.

C'est ce qui m'amène sur mon nouveau conseil de lecture : Les douze dieux de l'immortalité, par Émilia Masson. Paru aux éditions Belles Lettres en 1989.


Dans son ouvrage, Émilia Masson analyse le site de Yasilikaya, et plus particulièrement, la présence de douze divinités, présentes sur l'une des parois rocheuses. Selon elle, ces douze divinités étaient en lien avec l'idée d'un passage vers l'immortalité. Masson étudie les rites funéraires Hittites pour expliquer cette notion de passage que l'on retrouve également dans les rites de Nouvelle Année qui, probablement, avaient lieu lors du solstice d'hiver. Chez les Hittites, l'âme atteignait l'immortalité seulement lorsque le corps mourrait. Les rites funéraires étaient donc en lien avec la notion de renaissance et de renouveau. Tout comme le soleil qui meurt lors du solstice d'hiver avant de renaître. Le nombre douze était un élément clé lors de ces rites. Douze pains étaient déposés sur le bûcher funéraire du roi, le prêtre buvait douze fois avant le rite, et douze dieux semblaient encadrer ce passage vers le renouveau. De même, douze jours de rites avait lieu à partir du solstice d'hiver. Émilia Masson met l'accent sur l'origine indo-européenne des ces rites en les comparant aux rites du folklore slave qui parfois, se rejoignent au détail près. Certains rites de l'Inde védique, comme le Rājasūya (enfantement du roi) se rapprochent également du rite hittite, en terme de structure. Le nombre douze se retrouve également dans certains rites védiques, de façon centrale. Masson fait également un rapprochement avec le monde égéen, notamment avec Héraclès qui doit accomplir sa « conquête de l'immortalité » en douze épreuves.



Nous retrouvons également l'importance de l'eau chez les Hittites, dans le cycle du renouveau et du passage vers l'au-delà. Un élément central dans les rites de passage, qui est présent dans d'autres traditions indo-européennes telle que les Slaves. Masson décrit d'ailleurs des rites toujours présents chez les Slaves orthodoxes, qui ont lieu au bord d'une rivière et qui ressemblent trait pour trait aux rites hittites.


Cette étude de Émilia Masson peut donner des pistes pertinentes pour la reconstruction de rites, même germano-scandinaves. Les douze nuits du solstice d'hiver sont fêtées dans le folklore germanique. J'ai honnêtement toujours pensé qu'il s'agissait soit d'une invention moderne, soit d'une influence chrétienne. Voilà donc que je me trompais fortement ! En plus d'apporter des éléments essentiels sur l'existence d'une célébration de douze jours lors du solstice d'hiver, Masson apporte également des descriptions de rites indo-européens, liées à ces douze jours, c'est-à-dire, liées aux passages et au renouveau.

Il semblerait que la purification afin d'éloigner les mauvais esprits ait été une étape essentielle. De même que le lavage des idoles qui était central dans cette célébration. Le solstice d'hiver était considéré comme le marqueur du changement d'année ce qui amena à un combat entre deux groupes d'ennemis, symbolisant respectivement la vieille et la nouvelle année. Nous retrouvons également des éléments très communs avec les traditions nordiques tels que le banquet final ainsi que le rallumage des feux.


Je pense que l'étude d'Émilia Masson est une lecture essentielle pour tous ceux qui souhaitent approfondir les traditions indo-européennes et chercher des pistes de reconstructions possibles de rites. Je pense également que nous sous-estimons un peu trop l'importance des Hittites dans le reconstructionnisme.


Plus généralement, certains mythes ont déjà fait l'objet de comparaisons, comme par exemple celui du dieu de l'Orage Hittite qui affronte le serpent/dragon géant Illuyanka ; mythe comparable à celui de Thor contre Jörmunganðr. Pour mieux découvrir les Hittites je peux conseiller plusieurs lectures : La plus essentielle selon moi est celle de « Rites, mythes et prières hittites » de Alice Mouton, paru aux éditions du cerf en 2016, qui est une excellente traduction des textes hittites retrouvés. Une deuxième lecture pour en apprendre davantage sur l'histoire des Hittites serait « Des origines à la fin de l'ancien royaume Hittite » de Jacques Freu et Michel Mazoyer, paru chez l'Harmattan en 2007.


Et bien sur, Les douze dieux de l'immortalité, d'Émilia Masson, qui pour moi, est une lecture coup de cœur.


Les douze dieux hittites présents sur le site de Yazilikaya
Les douze dieux hittites présents sur le site de Yazilikaya

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