Le paganisme est-il vraiment non-dogmatique ?
- Jara

- il y a 19 heures
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Dernière mise à jour : il y a 4 heures
(Cet article est un début de réflexion qui tend à évoluer dans le temps...)
C'est assez fréquent d'entendre dire que le paganisme est une religion non-dogmatique. J'entends bien entendu par « paganisme » les traditions préchrétiennes. Cela inclut les traditions celtiques, slaves, grecques, romaines, baltes etc... Dans mon cas, les traditions qui m'intéressent le plus sont celles germano-scandinaves.
Les traditions païennes seraient donc dépourvues de dogme, ce qui constitue l'une des grandes différences avec les religions monothéistes. En effet, le paganisme est principalement basé sur l'orthopraxie. La réalisation des gestes justes et donc, des coutumes, était et est toujours dans les reconstructions modernes, le cœur du paganisme. Plusieurs textes historiques nous montrent à quel point la coutume était importante. C'était le cas par exemple en Scandinavie, comme nous le décrit la Saga d'Hakon Le Bon. Ce dernier fut le tout premier roi chrétien de la Scandinavie. Le peuple tolérait sa croyance différente mais il avait l'obligation de participer aux rites et aux sacrifices ; notamment aux banquets rituels. Son refus de manger la nourriture sacrificielle fut d'ailleurs très mal vue par le peuple.
Ceci dit, dans les traditions indo-européennes, trois éléments étaient fondamentaux dans la religion : le geste, la parole et la pensée. Cette triade est très présente dans le mazdéisme ainsi que dans le védisme1 et nous pouvons la retrouver dans les autres cultures issues des indo-européens. Cela consistait à avoir les bons gestes, la bonne parole et la bonne pensée.
Dans les traditions germano-scandinaves, cela n'est jamais écrit explicitement. Mais en lisant Tacite et Snorri Sturluson, nous constatons que l'esprit de communauté prévalait. Les marginaux étaient mal vue et l'état de pensée semblait en cohésion dans l'ensemble de la communauté. Il y avait bel et bien une pensée juste et naturelle partagée par tous. D'ailleurs, si le roi Hakon le Bon était considéré comme un bon roi, juste dans ces décisions ; ces croyances chrétiennes restaient quelques chose de « bizarre » au yeux du peuple.
Et cela semble tout bonnement logique... Des gestes et des paroles dépourvues de pensées qui les accompagnent n'ont plus aucun sens. Effectuer un rite en l'honneur de Freyr, sans croire en Freyr, est absurde. Il ne peut y avoir de culte sans dogme.

Mais intéressons-nous un instant à ce mot qui sonne péjoratif : le dogme.
« dogme » vient du grec δόγμα qui signifie « opinion, décision, ce qui paraît bon ». Ce terme est lui-même dérivé du verbe grec δοκεῖ qui signifie « penser, croire, paraître juste, sembler que... »
Nous sommes là devant un terme (δόγμα) qui désigne une opinion ou une décision. δοκεῖ quant à lui, est probablement issu de la racine indo-européenne *dek- qui signifie « prendre, recevoir, accepter ». Cette racine se retrouve également dans le grec δόξα « opinion, réputation ». δοκεῖ nous renvoie donc à l'idée de ce qui est acceptable, de ce qui nous semble bon.
Et c'est exactement le sens du mot « dogme » dans les traditions païennes. Le dogme n'est pas établie par une autorité, il est la croyance et ce qui paraît juste à chacun. Cette croyance était partagée par tous (elle consistait en la croyance de divinités et d'une cosmogonie précise).
Aujourd'hui, la reconstruction de ces coutumes est nécessairement accompagnée d'une opinion, d'une croyance, ou du moins, de quelque chose qui nous paraît juste. C'est ce qui différencie un rite d'un spectacle. La différence avec la notion de « dogme » à laquelle les religions monothéistes nous ont habitué, est que dans le paganisme, les dogmes sont discutables et peuvent évoluer. Ils ne sont imposés par personne. Ils sont une croyance, un jugement... Ils sont ce qui nous paraît être bon. Ils sont nos convictions qui accompagnent nos gestes et nos paroles.
1 Jean Haudry. La triade, pensée, parole, actions. Arché Milano, 1980.




Bonjour Jara.
Ha un article très intéressent, je pense que l'orthopraxie et l'orthodoxie c'est chose distincte et que du coup on pourait voir des dogrme dans ces deux pratiques ou penser qu'avoir une orthopraxie (des gestes rituels et un calendrier spécifique) et une orthodoxie (une croyance juste et commune) ça pourait être ça qui engendre une forme de dogmatisme... Je pense qu'il y a des gens qui pensent vraiment ça. J'ai lu des choses ici ou là sur le net. Il est aussi possible de distinguer deux aspecte entre un dogme imposé et un cadre de croyance partagé. Les traditions païennes on peut comprendre ou ce dire qu’elles n’étaient pas « sans dogme » au sens absolu parce qu’elles avaient des visions…