Nouveau départ et mort imminente
- Jara

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Les débuts d'année sont souvent propices aux nouveaux départs. Mais en quoi cela consiste réellement ? C'est une expression que l'on entend fréquemment, mais que l'on a peut-être moins l'habitude de définir, tant elle nous paraît évidente.
Ce terme « nouveau départ » fait écho à un nouveau commencement. Pour qu'il y ait quelque chose de nouveau et surtout, pour qu'il y ait ce commencement, il faut nécessairement une fin. Car s'il y a bien une chose que nous apprennent les anciennes coutumes, c'est que tout est cyclique. Tout finit par mourir un jour et tout finit par renaître sous une forme ou une autre. Rien n'est linéaire.
Un nouveau départ n'est donc pas un point au début d'une ligne. Il est inscrit dans un cercle, une courbe éternelle, un cycle qui fait partie d'un autre cycle bien plus vaste, qui lui-même fait partie d'un cycle qui nous dépasse.
En prenant un nouveau départ, nous faisons le choix d'un renouveau. Là où la plupart des personnes se demanderont « que vais-je arrêter ? » ou « que vais-je commencer ? » j'aurais tendance à me poser cette question : « que vais-je transformer ? ». Nous ne commençons jamais quelque chose à partir de rien. Même lorsqu'il s'agit de « tout reprendre à zéro ». Nous utilisons inévitablement nos actions passées, nos ressentis, nos expériences, notre vécu, pour créer quelque chose de nouveau.
Encore faut-il que cette nouveauté, que ce nouveau départ, nous apporte une utilité. Sinon, à quoi bon ? D'ailleurs, quel est l'intérêt d'un renouveau ? J'imagine que le besoin d'un renouveau arrive lorsque nous avons l'impression d'arriver en fin de cycle... l'impression de tourner en rond, ou bien d'être arrivé au bout d'une impasse. Il s'agit de vouloir faire mourir quelque chose. De mettre à mort une partie de nous pour trouver ce qui nous élèvera plus haut. Et si l'idée d'un nouveau départ devait se faire en traversant l'obscurité. Mettre fin à un cycle, c'est descendre dans le monde souterrain. C'est ce que fit Parménide lorsqu'il quitta le chemin des mortels, guidé par les filles du Soleil. Il franchit les portes de la Nuit et du Jour et parvint devant la déesse. Il devait mourir avant de mourir. Mourir pour guérir. Il devait franchir l'obscurité, au-delà même de l'obscurité. Là où les opposés se rejoignent. Là où le Jour et la Nuit se touchent. Peut-être est-ce cela même, cet endroit où la fin d'un cycle rejoint le début d'un nouveau cycle. Cet endroit où la mort touche la naissance. C'est cet endroit là, qu'il faut trouver et traverser. Il se trouve dans les profondeurs les plus reculées de nous-même. Mais Parménide était guidé par les filles du Soleil. Lumière et ombre vont de paire. La lumière naît de l'ombre. L'ombre naît de la lumière. Pour renaître, nous devons d'abord mourir.
Cette mort ne nous donne pas accès qu'à une guérison superficielle. Elle apporte la sagesse et la connaissance que nous ne pouvions pas avoir avant. Elle est ce passage obligatoire, d'un opposé à un autre, de l'ombre à la lumière, qui mène vers la guérison de l'esprit.
Odin dut se pendre neuf nuits et neuf jours, transpercé d'une lance, pour pouvoir découvrir les secrets des runes. Il se pendit, la tête en bas. Les pieds dans la lumière et la tête vers le monde souterrain. Était ce sa façon de voyager au plus profond de l'obscurité ? Cette mort initiatique lui apporta sagesse, connaissance et renaissance.
Je pense que nous mourons plusieurs fois. À chaque mort, nous nous élevons un peu plus ; nous apprenons, nous comprenons, et nous guérissons d'une maladie invisible.
Est-ce donc ça le but de la vie ? Mourir ?
« Là se trouvent les portes où le chemin de Nuit et le chemin de Jour se séparent,
Toutes deux solidement établies entre un linteau et un seuil de pierre ;
Elles s'élevaient jusqu'au ciel, fermées par d'énormes battants.
Et Justice, qui demande vengeance, en garde les verrous qui ouvrent et qui ferment. »1
1Extrait du proème de Parménide, traduction de Peter Kingsley.


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