Les débuts de la magie

Durant très longtemps, je me posai les questions de l'ancienneté et du fonctionnement de cette magie. Comment des symboles peuvent-ils influencer notre vie, jusqu'à prédire notre avenir ? Depuis quand, l'homme use t-il de magie ?

L'histoire nous montre que la magie est présente au sein de l'humanité depuis la nuit des temps. Un exemple que j'ai découvert grâce à l'archéologue Geoffrey Bibby, concernant les hommes des cavernes. Car oui, les traditions de nos ancêtres tirent elles-mêmes leur origines lointaines dans les cavernes. Et lorsque je parle de nos ancêtres, je parle des ancêtres autant celtiques que germains où nordiques. Dès le paléolithique, les hommes utilisaient une magie qui se rapprochait de l'invocation de « symbole ». N'ayant pas encore inventé l'écriture, ils recouvraient les cavernes de centaines de peintures d'animaux. Ces peintures préhistoriques sont devenues très célèbres et font partie intégrantes de l'histoire de l'humanité. Elles font également partie intégrante de l'histoire de la magie. Ces animaux, peints par une civilisation de chasseur étaient un appel au gibier. Dessiner l'animal avant de partir à la chasse, garantissait la présence de l'animal. De même, se peindre entrain de tuer l'animal, garantissait la victoire et une bonne chasse. Comme l'indique Geoffrey Bibby : « La représentation du gibier dans une collectivité de chasseurs ne put se dissocier de la notion de chasse et dans l'esprit du primitif, il existe un lien très précis entre l'animal vivant et son portrait. […] Si vous dessinez l'image de l'animal que vous souhaitez trouver à la chasse, le lendemain, cette image assure la présence du gibier. »

Geoffrey Bibby - Des cavernes à l'Europe des vikings – Éditions Plon 1958

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Cette pratique propre à l'homme des cavernes donnera naissance à plus d'une tradition. Ancêtre de la magie vaudou mais également de toute magie impliquant la représentation du but visé. Par extension, cela donnera naissance plusieurs siècles plus tard avec l'apparition des symboles puis de l'écriture, à une magie dont les buts, les conceptions, les idées, sont représentées par un symbole particulier.

 

Un autre type de pratique magique où spirituelle, basé sur le sacrifice a été découvert quinze-mille ans avant notre ère. A la fin de la dernière époque glaciaire, lorsque l'Europe de Nord était encore en partie recouvert de glace. Au XXe siècle, l'archéologue Alfred Rust découvrit le corps d'un renne entier, avec une pierre de dix kilos dans la cage thoracique. Comme le mentionne Geoffrey Bibby, cela est la trace d'un rituel sacrificiel. A cette époque, les chasseurs étaient obligés de migrer et de suivre les rennes qui eux, suivaient la fonte des glaces. Lorsqu'une communauté s’installait à un endroit, ils sacrifiaient leur première où leur plus belle prise pour apporter la chance et la victoire à la chasse. Ces sacrifices étaient destinés à une puissance supérieure qui, selon eux, les dominait.

 

Finalement, nous nous rendons compte que les hommes ont toujours su utiliser ses forces invisibles qui nous entoure. D'une façon où d'une autre, l'homme à toujours senti qu'il n'était pas seul et compris qu'il existait des possibilités infinies pour entrer en contact avec des « présences supérieures ». L'histoire nous montre que, même si les pratiques changent au cours des siècles, les concepts, eux, restes identiques.

Y a t-il une déférence entre sacrifier un renne pour avoir des bonnes chasses à l'avenir et offrir  ? À  ? pour avoir de bonnes récoltes ? Au final, l'idée reste la même : pour recevoir quelque chose, il faut offrir en retour. Nous n'avons rien sans rien. C'est cette idée précise qui fondera une bonne partie des traditions.

De même, y a t-il une différence entre dessiner un mammouth pour réussir à le tuer, et graver une rune pour obtenir quelque chose ? Oui, les deux magies évoquées sont différentes mais le principe reste le même. Tracer, dessiner, écrire, est un acte sacré. C'est un acte qui appelle à des forces invisibles. De même que parler, invoquer, danser... Les hommes des cavernes dansaient pour mimer la mort de l'animal. Le chant, lui aussi était là pour appeler ses forces. Alors, dessiner, invoquer et faire une gestuelle précise, en même temps, cela devient un rituel complexe qui s'apprend de générations en générations.

Je parle de dessin et de peinture mais bien sûr cela ne se limitait pas aux murs des cavernes. Des amulettes en ambre ont été découvertes, datant du paléolithique. Sous forme de disque avec un trou au centre, des animaux tels que des chevaux et des rennes y était dessiné puis raturé pour en dessiner d'autres. Les amulettes ont toujours fait parti des objets quotidiens des hommes. De même, l'ambre est restée une pierre très importante dans la culture nordique. Pensons par exemple au collier de Brísingar fait d'or et d'ambre, attribué à Freya (où Frigg selon les versions).

 

L'âge de pierre me passionne énormément pour cette raison que, malgré que ces communautés soient appelés « primitifs » elles sont les fondatrices de toutes les traditions que nous connaissons actuellement. Les communautés de chasseurs évoqués plus haut ont peu à peu migré vers le nord de l'Europe en même temps que la fonte des glaces et ont rejoins la Scandinavie. Il est intéressant de noter que, peu importe la rudesse du climat et l'organisation de la société, l'homme a toujours attribué une place à la magie, à la religion et aux traditions. D'ailleurs, si le mot « religion » n'existait pas, c'est sans doute parce qu'il n'y avait pas de différence entre les croyances et la vie.